La presse mondiale, hébétée, appose sur leurs premières pages, la victoire de l’improbable mais prévisible.

Cette élection confirme l’épidémie du «syndrome de Stockholm» qui saisit la planète. Les populations votent de plus en plus contre leurs propres intérêts, pour des partis qui sont fondamentalement les principaux responsables de leurs problèmes, comme en Espagne avec le Parti Populaire, un mouvement miné par la corruption qui a conduit le pays à vivre la crise actuelle produisant autant de souffrances. Ce parti continue à recueillir les votes d’une faible majorité, ce qui est suffisant pour rester au pouvoir, comme l’UDC suisse, qui est plus intéressée à imposer ses idées, sans se soucier des conséquences que ces proportions extrémistes et simplistes peuvent occasionner à l’équilibre du pays, comme ce fut le cas lors de la votation contre «l’émigration de masse» qui a produit un psychodrame qui dure depuis deux ans et qui peut encore causer beaucoup de dommages à la nation, en fonction des négociations avec l’Union européenne, dans le contexte du Brexit.

Un millionnaire qui pratique l’optimisation fiscale et qui lors de son discours public, utilise ce fait pour démontrer sa capacité à frauder, réussit à gagner la confiance des électeurs en capitalisant sur les dégâts causés par l’ultra libéralisme, est une flagrante contradiction.

Le mépris, la simplicité intellectuelle et la politique institutionnalisée ont triomphé.

Trump et le contexte mondial

L’élection de Trump se passe dans une arène internationale dominée actuellement par des gouvernements pseudo démocratiques autoritaires, avec un discours simpliste, populiste qui rappelle l’après-guerre des années 30. A cette époque, c’était Mussolini, Staline, Hitler et Franco.

Aujourd’hui c’est Erdoğan, Poutine, Viktor Orbán, Rodrigo Duterte … qui, tous aspirent à la dictature, en imposant leurs lois et qui sont soutenus par un vote populaire, fatigué des politiques alternatives existantes qui ne résolvent pas les problèmes de la grande majorité de la population.

Le soi-disant «populisme» n’est rien de plus que la réponse à une mondialisation accrue, à un libéralisme inhumain qui ne voit que les intérêts de l’économie et qui, au compte de la finance et des bénéfices, a laissé les gens à leurs destinées.

Une réponse à l’assassinat de l’État-providence, à l’abandon des politiques sociales au profit des multinationales et des entreprises, avec la prolifération des traités de libre-échange qui ne profitent qu’aux secteurs des entreprises et mettent en danger les États avec les tribunaux privés qui peuvent intervenir dans les politiques internes des pays qui s’opposeraient à leurs intérêts.

Les défis de l’extrême droite populiste

C’est un fait que Trump représente ce qu’il y a de plus rétrograde dans la société américaine, le racisme, la xénophobie, l’individualisme et le fondamentalisme religieux.

Nous allons voir comment ces secteurs vont réagir face aux défis qui les attendent face aux autres couches qui composent la société américaine comme les Latinos, les Afro-Américains, les émigrants de différentes nationalités, les progressistes et les démocrates de la gauche pro Sanders. Nous allons voir si l’orgueil et l’arrogance de la victoire ne vont pas approfondir davantage les différences dramatiques qui se sont produites au cours de la campagne et qui a été l’une des plus violentes de l’histoire des États-Unis.

Un autre élément qui va alimenter le feu interne aux États-Unis est le système de vote indirect. Hillary Clinton a remporté 200’000 voix de plus que Trump, mais elle a perdu les élections!

Les États-Unis, qui se revendiquent comme les défenseurs de la démocratie, ont un système indirect difficile à comprendre, où dans chaque Etat on vote par un certain nombre d’électeurs qui nomment ensuite le président.

La préoccupation actuelle, en dehors de l’impact phénoménal que cette option a sur la planète, est comme un avertissement de la tempête que, si elle n’est pas correctement assimilée, peut conduire à une catastrophe planétaire étant une réponse interne aux États-Unis. Le lendemain de l’annonce des résultats, des manifestations nationales contre l’élection de Trump se sont produites. La division exacerbée qui a eu lieu dans cette campagne a divisé le pays en deux parties irréconciliables. Les Etats les plus progressistes, qui se trouvent généralement sur la côte est et ouest et l’Amérique profonde, des Etats du centre et du sud, où vivent les WASP (blancs anglo-saxons protestants).

Les États-Unis sont une démocratie où les pouvoirs sont théoriquement divisés et sont indépendants. Nous allons voir comment ceux-ci vont réagir face au comportement d’un président qui n’a aucune expérience administrative ni même gouvernementale.

Véritable opposition

Cette campagne a non seulement opposé Donald Trump au Parti Démocrate (PD), mais particulièrement au Parti Républicain (PR). Trump a utilisé le PR pour se projeter mais il ne s’est jamais senti un militant politique, ne faisant pas partie des cadres du parti. Il a toujours été un étranger, au point que, à plusieurs reprises, il avait menacé de se présenter comme indépendant face à l’opposition de la plupart des grands chefs de la droite et de l’extrême droite américaine.

En ce moment, les États-Unis sont dominés, tant au Congrès comme au Sénat par le Parti Républicain dont le candidat Trump a maltraité, insulté et agressé autant qu’il a pu.

La principale opposition au caractère et à la personnalité du nouveau président des États-Unis sera le propre Parti Républicain, craignant que la période Trump le supprime de la scène politique et que lors des prochaines élections législatives de la moitié du mandat, la catastrophe se répète, au contraire, un triomphe du Parti Démocrate éloignerait le PR du pouvoir pour de longues années.

C’est le PR qui doit être prudent et protéger une politique équilibrée, tant au niveau national que dans la politique étrangère, s’il ne veut pas être responsable d’une imprévisible catastrophe.

Et au pays de l’individualisme exacerbé, des armes à la disposition de tous, des milices d’extrême-droite prêtes à intervenir, du KU Klux Klan, de l’archétype du cow boy solitaire avec le droit de tuer, la peur n’est pas tant de ce qui peut se produire sur le plan international à court et à moyen terme, mais ce qui va sûrement se produire au niveau interne, entre les factions irréconciliables de deux Etats Unis qui se regardent avec haine et méfiance. L’Amérique WASP craintive de perdre ses privilèges, avec le sentiment que, progressivement, elle va devenir une minorité face à une mouvance qui, d’ici quelques années, placera les Latinos, les Afro-Américains et les Asiatiques comme la majorité d’une nation qui s’est toujours félicité d’être une terre de refuges et d’émigrations.

D’autre part, le Parti Démocrate doit être en train de se mordre les doigts pour avoir conspiré afin qu’Hillary Clinton soit désignée candidat au lieu de Bernie Sanders. Si Sanders avait été candidat, les choses seraient peut-être différentes, mais nous sommes ici dans le domaine de la spéculation et du si ….

Maintenant, les États-Unis et le monde devraient regarder attentivement ce qui se passe dans la première puissance militaire mondiale qui, en même temps, est aussi un pays fragile, plein de divisions et les déséquilibres sociaux, dans lequel le célèbre rêve américain n’est plus qu’un souvenir, ou une simple fiction qui, pour beaucoup d’autres, n’a jamais existé.

Alfonso Vásquez Unternharer

Traduit de l’ESP au FR par Lourdes BARROS-BELTRAN