Il y a quelques années, les responsables politiques qui réussissaient à obtenir des fonctions distinguées et nobles à l’Etat, après une vie de combats politiques, pouvaient cultiver l’espoir de guide des destinées du pays, modelant à leur manière l’avenir de leurs peuples. C’était l’époque dans laquelle la dimension de l’homme d’Etat graverait avec une marque indélébile l’histoire de son peuple et, pour les générations futures, celle-ci resterait façonnée dans un monument, une place ou dans le nom d‘une rue.

Aujourd’hui, l’homme d’État semble promu à ces postes pour administrer le «coup de ciseaux» nécessaire dans le budget des nations et son nom devient populaire dans les manifestations de rue et dans la colère des gens. Les hommes en noir sont à l’aise. La souveraineté des États se bat en retraite au fur et à mesure que les envoyés de la troïka (Commission européenne, Banque Centrale européenne accompagnées du FMI) imposent leurs recettes. La crise a ouvert la voie à une série d’ajustements qui recoupent chaque fois plus de droits et elle prône une augmentation des inégalités dans l’Union européenne (UE). Toutefois, la défaite du pouvoir politique face au pouvoir économique n’est pas d’aujourd’hui ni de ces dernières années.

Nous vivons actuellement dans une Europe sans âme, dans une Europe qui sombre dans les inégalités, dans une Europe qui est défigurée dans cette crise sans fin et qui chaque jour, met au découvert une déchirure des procédés démocratiques vulnérables. En effet, la crise politique est en train de mettre à l’ordre du jour en Europe, des propositions hautement antidémocratiques, avec une dangereuse tendance vers des solutions autoritaires, avec la subordination des politiques nationales devant la politique conservatrice de l’Europe commune. L’Italie, le Portugal, la Grèce et l’Irlande ont suspendu de manière effective et à des moments différents, le contrôle démocratique sur la politique économique. Alors que l’Espagne, avec la réforme de la Constitution, démontre jusqu’à quel point la crise n’est plus seulement économique ou financière, mais politique. La concentration des rentes et de la richesse dans quelques mains, a provoqué la perversion de la démocratie. Un futur pas du tout souriant pour une Union européenne qui était née, selon les dires, pour préserver la paix et défendre l’avenir de la démocratie. Aujourd’hui, la Grèce est la dernière victime de l’œuvre inachevée d’une immense escroquerie politique et sociale.

Le traité de Maastricht

Le traité de Maastricht du 7 Février, 1992 avait défini le «projet d’intégration européen » à la suite des progrès réalisés dans l’Acte unique de 1986. Il promettait, dans le même paysage de la communauté de « développer la dimension sociale de la Communauté, de renforcer la légitimité démocratique des institutions et d’améliorer leur efficacité». Dans l’opération de maquillage, on voulait aussi présenter le traité de Maastricht comme la consécration de «l’Europe des citoyens» en reconnaissant le droit de vote des résidents de l’UE lors des élections municipales, indépendamment à leurs nationalités d’origine.

Mais la vérité est que le rôle principal et réel que la citoyenneté européenne aurait dû jouer et conquérir, par l’histoire et le patrimoine démocratique, est absent. Et même s’il introduit le principe de subsidiarité (lequel plus personne en parle) le Traité de Maastricht parole se justifie seulement par sa contribution essentielle à l’union économique et monétaire, fixant à la hausse, et avec un accent germanique, les exigences pour la construction européenne. Ce qui est fondamental, la raison d’être du Traité, sans hypocrisies ou funambulismes, fût l’annonce de la création de la nouvelle monnaie européenne et les critères selon lesquels les Etats membres et ceux qui voudraient en faire partie. L’Europe de Maastricht a, de cette manière, transformé chaque responsable politique à l’échelle nationale dans un «président à 3%» chargé de faire respecter les conditions de l’UE. La réalité que le suivi des objectifs, rigoureusement chiffrés vise et conduit à faire disparaitre tous les modèles nationaux discriminés par l’histoire et façonnés par les mentalités.

Les Objectifs de Maastricht ont à voir avec l’inflation, le déficit, la dette et le type d’intérêts

Le contrat a parlait également de renforcer les compétences du Parlement européen et il assurait une union entre les peuples sous la citoyenneté européenne sans limite de frontières.

L’UE se présentait au cours de sa création comme un équilibre entre les marchés et les besoins socio-économiques de la population, une harmonie qui se chargeait de déstabiliser un autre de ses points constructif: la mise sur pied d’une union économique et monétaire. Le professeur de sociologie Josep Maria Antentas(1) soutien que «depuis sa création, il s’agit d’un projet pour reconstruire et défendre le capitalisme européen encadrée dans une alliance politico-économico-militaire avec les États-Unis. Il n’a jamais été un projet au service des intérêts des travailleurs ou de la majorité des citoyens.

Le sociologue remarque que ce concept néolibéral, qui a toujours été présente dans l’UE, s’est accentué avec l’arrivée de la monnaie unique en 2002 et il a été relancé avec les traités suivants de Amsterdam en 1997 et ceux de Nice en 2001, qui ont servi à terminer de définir ce projet d’intégration. «Son expression maximale était en 2005 quand il a échoué la tentative de passer la dite Constitution européenne avec le «Non» français, mais qui a finalement été secouru sous un autre déguisement : le Traité de Lisbonne de 2007. «L’UE maintien une relation impérialiste avec les pays du Sud et elle est compromise avec une politique militariste».

En réalité les questions qui se posent à Maastricht sont celles des objectifs qui ont à voir avec l’inflation, le déficit, la dette et le genre d’intérêts et qu’après elles auront leur point culminant dans l’Euro, un espace économique fondamentalement au service du capital financier.

Beaucoup d’académiciens partagent l’idée que, la protection de ces concepts fait que l’Europe utilise la rhétorique pour légitimer son projet économique. Antentas rajoute : «”L’UE n’est pas un paradis des Droits de l’Homme, ni à la maison ni à l’échelle mondiale. Elle maintient une relation impérialiste avec les pays du Sud et elle est engagée dans une politique militariste au niveau international. De ce point de vue, associer l’Europe avec un paradigme de la démocratie est, en grande partie, une rhétorique pour légitimer un modèle basé sur le néo-libéralisme».

La propre structure de l’UE aide les marchés à contrôler l’agenda européen. Le Parlement européen a à peine les compétences et les décisions se prennent en conseils. Le cadre de la Commission européenne à Bruxelles, le véritable pouvoir exécutif de l’UE, est organisé de telle sorte que leurs structures sont indépendantes à la fiscalisation des citoyens, qui en plus, n’ont aucun pouvoir d’élection directe sur la composition de leurs membres. Le professeur de sociologie note également que la relation entre les États membres est pleinement hiérarchique, où les économies des pays périphériques, avec la Grèce, le Portugal et l’Espagne, ont été subordonnées aux pays d’Europe centrale, ce qui a été maximisé avec la crise.

Dans cet échafaudage, apparaissent les autorités monétaires, chargées de distribuer de l’austérité sous l’étendard du sauvetage financier. Penser que la Banque centrale européenne (BCE) est antidémocratique est un euphémisme. Les gouvernements nationaux se plient aux idées de la troïka, qui mène l’Europe à une dérive de plus en plus autoritaire. La grande banque a pris le pouvoir et a mis en place une Union fracturé. Ces fractures ont augmenté au fil du temps et se sont multipliées avec la crise. Le résultat est que l’union monétaire a nécessairement conduit, des familles et des entreprises, à un endettement massif.

Le sociologue Antentas souligne que les politiques d’austérité sont une conséquence d’un modèle basé sur le néolibéralisme et il rappelle que «nous sommes en train d’assister à un transfert massif des ressources et des droits de la majorité de la population dans les poches d’une minorité financière».

Le pouvoir économique est allé de pair avec la conception conservatrice de l’UE, avec la complicité de la social-démocratie, quand elle inondait de rouge la carte du continent. Les gouvernements sociaux-démocrates, l’un après l’autre, se sont adaptés à l’économie dominante et depuis des décennies, ils n’ont pas déposé une alternative économique différente à celle de la droite. «Dans le contexte de la crise, nous l’avons clairement vu. Au moment d’imposer des réductions et de l’austérité, la couleur ne change pas beaucoup», dit le professeur de l’UAB

L’idée de l’Europe

A tout cela, il faut répondre que le Traité de Maastricht, comme une étape fondamentale dans le processus de l’intégration européenne, il consacre une conception de l’Union européenne que l’on pourrait difficilement considérer de démocratique.

Il est normal que les gens n’aient pas lu le Traité de Maastricht, bien connu sous le nom du Traité de l’Union européenne (TUE), et encore moins, la Résolution du Parlement européen sur le Traité de l’Union européenne (RPETUE). On soulève cela parce que dans cette décision on dit que le TUE «n’a pas surmonté le déficit démocratique parlementaire» et qu’il a une vingtaine de de sérieuses et graves lacunes. Disons en passant, que le déficit démocratique fait essentiellement référence aux pouvoirs limités accordés au Parlement européen en tant qu’organe de représentation des citoyens.

En bref, la séparation entre l’économique et le politique place ce dernier dans une ambiance chaque fois plus orpheline de compétences, ce qui est parfaitement logique d’un point de vue technocratique. Dans la même perspective, les critères de convergences sont tout aussi indiscutables: ils ne sont que des instruments pour atteindre les objectifs fixés par le projet technocratique européen. Il est évident que les inégalités sont en train de ruiner l’économie. Ni les USA, ni l’UE, pourront se récupérer tant que l’on n’imposera pas des politiques qui inversent le degré d’inégalité sociale et si tel n’est pas le cas, le récit européenne ne peut que mal finir, car ceux qui pourraient rectifier les politiques, persistent (en le sachant) dans l’erreur.

A ce stade, il ne suffit pas de penser que c’est tout simplement une erreur de doctrine ou de politiques économiques. La méchanceté avec laquelle on noie les politiques keynésiennes (en les interdisant par la Constitution comme on les a déjà expulsés de l’Union européenne avec les derniers Traités et le Pacte de Stabilité et Croissance et maintenant de la Constitution espagnole), ne va pas seulement contre les services publics qui, en soi, serait déjà très grave. Il va contre de la création de postes de travail et des politiques de l’emploi, ce qui veut dire aussi, contre ce minimum de bien-être. À ce stade, tous les déterminants de la santé ont allumés leurs signaux d’alerte. Et tout cela signifie une plus grande inégalité et plus de difficultés pour démonter ce qui a été fait, vers un chemin de plus grande équité. Et pourtant, tout nous éloigne, d’une manière qui semble être irréversible, du retour vers des sociétés plus stables, moins barbares, plus solidaires et démocratiques.

Rédigé par Eduardo CAMIN

Chroniqueur à Nodal

Chef de la Rédaction Internationale de l’Hebdolatino

Traduit en français par Lourdes BARROS

(1) Josep María Antentas, professeur de Sociologie à l’Université Autonome de Barcelone (UAB).