Venezuela: Des militants d’une ONG arrêtés et inculpés de «terrorisme»

Venezuela: Des militants d’une ONG arrêtés et inculpés de «terrorisme»

Trois militants d’une ONG, spécialiste de la zone frontalière avec la Colombie où se déroulent des combats depuis mars, ont été inculpés au Venezuela samedi.

Le Venezuela, qui renforce régulièrement ses troupes à la frontière colombienne, dit avoir lancé en mars des opérations pour libérer son territoire de toute incursion de groupes armés colombiens.

Les trois militants de l’ONG vénézuélienne de défense des droits humains Fundaredes, critique du pouvoir et spécialiste de la zone frontalière avec la Colombie où se déroulent des combats depuis mars, ont été inculpés de «terrorisme», ont annoncé leurs avocats samedi au lendemain de leur arrestation.

Le directeur de l’ONG Javier Tarazona, devenu un personnage médiatique important ces derniers mois au Venezuela, et ses deux collègues Rafael Tarazona et Omar Garcia ont été inculpés de «trahison à la patrie, terrorisme et incitation à la haine», a affirmé l’avocate Stefania Migliorini dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux par l’ONG Foro Penal, spécialiste des «prisonniers politiques».

Selon Fundaredes, les trois hommes ont été arrêtés vendredi alors qu’ils s’étaient rendus au Parquet de Coro (nord-ouest) pour porter plainte contre «le harcèlement et la persécution» dont ils se disaient victimes de la part de «fonctionnaires» de la police régionale et du service de renseignement Sebin. De même source, ils ont été transférés à Caracas et sont en détention préventive.

«300 prisonniers politiques»

«On les a empêchés d’être défendus par des avocats de confiance en leur désignant un avocat d’office, alors que nous, leurs avocats, étions là», a dénoncé Gonzalo Himiob, un dirigeant de Foro Penal, qui assure que le pays compte «300 prisonniers politiques».

Très bien informé sur la zone frontalière, Fundaredes avait alerté sur les affrontements entre des groupes d’irréguliers colombiens et l’armée vénézuélienne avant que le pouvoir du président Nicolás Maduro n’en fasse état.

Fundaredes, qui a accusé le pouvoir d’héberger sur le territoire vénézuélien des leaders des guérillas colombiennes, avait annoncé le 10 mai avant les autorités le «rapt» de huit soldats vénézuéliens dans des affrontements, puis leur libération le 31 mai.

Des milliers de réfugiés

Les affrontements entre l’armée et ces groupes armés colombiens dont une partie sont des dissidents de l’ex-guérilla colombienne des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) ont fait 16 morts du côté de l’armée, selon le bilan officiel qui ne recense pas les pertes ennemies. Des milliers de personnes ont fui la zone en raison des combats.

Le Venezuela, qui renforce régulièrement ses troupes à la frontière colombienne, dit avoir lancé en mars des opérations pour libérer son territoire de toute incursion de groupes armés colombiens. Il accuse ces groupes d’avoir posé des mines antipersonnel et d’être en cheville avec le trafic de drogue. Caracas accuse le président colombien Iván Duque d’être impliqué.

Bien que la plupart des 13’000 membres de l’ex-guérilla marxiste aient déposé les armes, des factions «dissidentes» n’ont pas accepté l’accord de paix signé en 2016 en Colombie. Ces groupes sans commandement unifié, financés par le trafic de drogue et l’exploration minière clandestine, se sont renforcés dans des zones isolées, selon le renseignement militaire colombien.

Malgré 2200 kilomètres de frontière commune, le Venezuela et la Colombie n’ont plus de relations diplomatiques depuis que Bogotá a reconnu l’opposant Juan Guaido président intérimaire du Venezuela en 2019. Les relations entre ces deux pays voisins opposés idéologiquement sont très tendues.

AFP

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