Confronté à des accusations de possibles «crimes contre l’humanité», le gouvernement vénézuélien a dénoncé une «vision unilatérale» des droits de l’homme.

Le Haut commissaire Zeid Raad al-Hussein a évoqué de possibles «crimes contre l’humanité» au Venezuela.

Le Venezuela et l’ONU mènent désormais une guerre verbale ouverte. Devant le Conseil des droits de l’homme, le Haut commissaire Zeid Raad al-Hussein a ciblé lundi à Genève de possibles «crimes contre l’humanité» dans ce pays, accusations qualifiées de «mensonges» par le gouvernement de Nicolas Maduro. Il estime aussi que les Rohingyas semblent à nouveau victimes d’un «modèle de nettoyage ethnique» en Birmanie.

«Mon enquête suggère la possibilité que des crimes contre l’humanité aient été perpétrés» au Venezuela, a dit le Haut commissaire de l’ONU aux droits de l’homme au début de trois semaines de travaux du Conseil. Comme il l’avait laissé entendre récemment en présentant un rapport sur les abus commis d’avril à fin juillet, notamment la répression des manifestants, M. Zeid souhaite un mécanisme international d’investigations.

Mais il ne mentionne pas explicitement une Commission d’enquête. Les violences de ces derniers mois ont fait 121 victimes selon le régime et près de 160 tués selon les ONG. La réponse du gouvernement vénézuélien ne s’est pas fait attendre malgré l’annulation de la venue du président Maduro à Genève. Moins de deux heures après le discours de M. Zeid, le chef de la diplomatie vénézuélienne Jorge Arreaza Montserrat a lancé la contre-attaque devant le Conseil.

Demande lancée par des ONG

Ciblant une «vision unilatérale» des droits de l’homme, il a critiqué les sanctions contre le Venezuela. Il a surtout dénoncé la «politisation», la «sélectivité» et la «partialité» du Haut commissariat accusé d’«outrepasser» son mandat. Le rapport de l’ONU publié il y a quelques semaines dénonçait notamment un usage excessif de la force contre les manifestants.

M. Arreaza Montserrat n’a pas livré sa charge uniquement contre l’ONU. Les Etats-Unis, qui avaient listé en juin ce pays comme incompatible avec le Conseil, ont été accusés de violations des droits de l’homme, de guerres injustifiées, de blocus économique et d’autres mesures coercitives. Egalement lundi, plus de 115 ONG, dont plus de 80 du Venezuela, ont appelé l’enceinte onusienne à faire de la situation dans le pays sud-américain une «priorité».

De son côté, M. Zeid n’aura pas alerté sur la seule crise politique et économique au Venezuela.

Préoccupation importante, il a vu un possible «modèle de nettoyage ethnique» ces dernières semaines contre les Rohingyas en Birmanie.

L’ONU avait déjà condamné la précédente flambée de violences contre la minorité musulmane en ces termes, ajoutant que des crimes contre l’humanité avaient «très probablement» été perpétrés.

Selon M. Zeid, il semblerait que la situation après la contre-offensive récente ait donné lieu aux mêmes atrocités.

«Consterné»

Mais la situation «ne peut être entièrement encore évaluée», a-t-il admis. Les spécialistes de l’ONU n’ont pas accès à l’Etat de Rakhine où ont lieu les violences qui ont poussé environ 300’000 Rohingyas à fuir au Bangladesh. M. Zeid se dit aussi «consterné» par des indications selon lesquelles le gouvernement enfouit actuellement des mines antipersonnel à la frontière avec ce pays.

Parmi les autres tensions, le Haut commissaire a prié le Conseil pour la troisième fois de lancer une Commission d’enquête internationale indépendante sur les violations des droits humains au Yémen. Les Pays-Bas vont à nouveau porter la résolution pour tenter d’arracher ce mécanisme auquel l’Arabie saoudite s’oppose.

L’actuelle crise dans le Golfe avec le Qatar a également marqué les discussions. Devant le Conseil, le chef de la diplomatie de l’émirat a dénoncé «le siège illégal» imposé par l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, Bahreïn et l’Egypte, en violation selon lui du droit international.

«Il est difficile de comprendre pourquoi la population doit payer le prix de ces différends», a affirmé Sheikh Mohammed bin Abdulrahman al-Thani. Les quatre pays ont notamment établi contre le Qatar, accusé de soutenir des organisations terroristes et de se rapprocher de l’Iran, un blocage des voies d’accès maritimes, aériennes et terrestres.

M. al-Thani a dénoncé des accusations «infondées» et a répété son soutien à la médiation lancée pour le Koweït. Le Qatar veut «parler» avec ces Etats, a-t-il ajouté devant la presse. L’Arabie saoudite a suspendu samedi un dialogue entamé le même jour avec l’émirat.

ONU: possibles «crimes contre l’humanité»

Le Conseil des droits de l’homme souhaite l’ouverture d’une enquête internationale sur les violences au Venezuela.

Le 36e Conseil des droits de l’homme s’est ouvert lundi à Genève. Le Haut commissaire Zeid Raad al-Hussein a demandé l’ouverture d’une investigation internationale.

L’ONU estime désormais que les violences au Venezuela pourraient constituer «des crimes contre l’humanité». Au début de la session du Conseil des droits de l’homme, le Haut commissaire Zeid Raad al-Hussein a demandé lundi à Genève une investigation internationale.

«Mon enquête suggère la possibilité que des crimes contre l’humanité aient été perpétrés», a-t-il dit. Comme il l’avait laissé entendre en présentant un rapport de son bureau sur les abus d’avril à fin juillet, il souhaite un mécanisme international d’investigations. Il ne mentionne toutefois pas explicitement une Commission d’enquête.

Il y a deux semaines, il avait estimé que la démocratie était «à peine en vie, si elle existe encore» dans ce pays. Le rapport du Haut commissariat dénonçait notamment un usage excessif de la force contre les manifestants dans des violences qui ont fait près de 160 tués, selon les ONG.

En Birmanie, M. Zeid voit un possible «modèle de nettoyage ethnique» ces dernières semaines contre les Rohingyas. L’ONU avait déjà condamné la précédente flambée de violences contre la minorité musulmane en ces termes, ajoutant que des crimes contre l’humanité avaient «très probablement» été perpétrés. Selon M. Zeid, il semblerait que la situation après la contre-offensive récente ait donné lieu aux mêmes atrocités.

«Consterné»

Mais la situation «ne peut être entièrement encore évaluée», a-t-il admis. Les spécialistes de l’ONU n’ont pas accès à l’Etat de Rakhine où ont lieu les violences qui ont poussé environ 300’000 Rohingyas à fuir au Bangladesh. M. Zeid se dit aussi «consterné» par des indications selon lesquelles le gouvernement enfouit actuellement des mines antipersonnel la frontière avec ce pays.

Il dénonce la volonté de Rangoun de n’autoriser que le retour de ceux qui pourront prouver leur nationalité. Alors qu’une commission désignée par la cheffe du gouvernement birman, Aung San Suu Kyi, a conclu que la minorité musulmane avait progressivement été «privée» de ses droits civils et politiques. M. Zeid déplore aussi le souhait indien de renvoyer des réfugiés rohingyas dans la situation actuelle.

Yémen ou encore Burundi

Parmi les autres tensions, le Haut commissaire a, comme annoncé, prié le Conseil pour la troisième fois de lancer une Commission d’enquête internationale indépendante sur les violations des droits de l’homme au Yémen. Les Pays-Bas vont tenter à nouveau d’arracher ce mécanisme auquel l’Arabie saoudite s’oppose.

En Egypte, le Haut commissaire estime que la loi sur les ONG adoptée en mai dernier viole le droit international. Et de s’inquiéter des accusations grandissantes d’exécutions extrajudiciaires ou de torture.

Après le rapport de la Commission d’enquête sur le Burundi sur des «motifs raisonnables» de conclure à des crimes contre l’humanité, M. Zeid a par ailleurs rappelé ce pays, membre du Conseil, à ses obligations.

nxp/ats